Apprendre à exister pour vivre

Nous sommes passés, comme le disait Foucault, des « savoirs de spiritualité » aux « savoirs de connaissance » : les premiers apprenaient aux hommes à vivre, les seconds ne fournissent plus que des vérités objectives. Il est donc temps de passer d’une conception de consommation de la vie, qui s’applique à emmagasiner la connaissance à une conception de communion avec la vie pour renouer avec l’être profond présent en nous-mêmes. 

Cependant attention à vouloir chercher notre être intérieur à ne pas s’y perdre dans une forme narcissique, et ne s’accrocher alors qu’à une coquille de l’existence. À une époque ou la société nous met bien plus en avant toutes formes de coquilles plutôt que de la profondeur. « C’est une grande grâce de pouvoir s’accepter soi-même, mais c’est une grâce suprême de pouvoir s’oublier. » Disait en son temps Sénèque. L’Homme d’autrefois se faisait valoir par ce qu’il faisait, ce qu’il créait ; l’Homme d’aujourd’hui se fait valoir par ce qu’il consomme, et la notoriété abstraite qu’il peut entretenir. La forme prenant le pas sur le fond, nous en oublions la profondeur créatrice de beau, qui rayonne et fait de l’être plus qu’une coquille qui se remplit d’Avoir.

Vivre c’est réaliser nos potentiels.

Nous sommes comme des poupées russes la plus profonde c’est l’âme, au-dessus psychique au dessus physique et la dernière c’est le vécu. L’âme est de l’énergie pure, comme du courant électrique. Avec du courant électrique, tu peux chauffer un radiateur, allumer une lampe, écouter de la musique. La nature du courant ne change pas, mais son utilisation donne une direction. Au niveau humain, le courant pourrait être l’âme et quand celle-ci arrive dans le psychique on nomme ça la volonté, quand elle traverse le physique elle se nomme la motivation, c’est elle qui donne l’élan qui porte la personne dans la création d’un acte. Et quand elle arrive dans le vécu, on parle alors de détermination. Le rôle de toute personne, c’est de réussir à bien orienter cette énergie.

Pour imager cela, c’est comme une montagne. En haut de la montagne, il y a une source d’où coule de l’eau translucide. Juste à côté il y a un homme qui se tient là avec une bouteille de colorant rouge et un sac avec des pierres et des bouts de bois.

La montagne c’est le corps humain, la source c’est l’âme l’eau c’est l’énergie qui sort de l’âme. L’énergie qui sort de l’âme à la même nature que l’âme. Le monsieur, c’est la personnalité qui va marquer notre énergie avec la bouteille de colorant. Et le sac de bouts de bois et de pierre, c’est notre capacité à pouvoir orienter ce flux (ce courant).

Maintenant l’important c’est de savoir créer des relais à chaque étape.

  • Au niveau psychique, c’est apprendre à se connaître pour éviter les blocages névrotiques, de faiblesses, de souffrances, etc.
  • Au niveau physique, c’est apprendre à connaître et aimer son corps pour la aussi retirer les blocages de paresse, de souffrance physique et ne pas en créer en s’imaginant pouvoir porter des bouts de bois ou des rocher plus lourds que ce qui nous est possible de déplacer.
  • Au niveau du vécu : le regard de l’autre, la difficulté la limite, les obligations, peuvent  faire qu’une personne peut avoir un très grand potentiel sans ancrage dans le réel. C’est la confiance en soi, la maîtrise de soi qui permet la réalisation de ce plein potentiel en retirant ces dits blocages.

Si on fait un peu d’étymologie, « Ex » vient d’extérieur, donc exister, c’est mettre à l’extérieur donc ancrer dans le réel. Si je n’existe pas en tant que personne, alors je ne peux trouver la joie. La joie, c’est la satisfaction de la vie. Donc c’est le sentiment d’exister tout en existant, l’équilibre entre l’observation de soi et la réalisation de soi. La vie pousse à exister, car on est là pour faire ce que l’on devient. Si on arrive à devenir notre potentiel dans notre présent alors on ouvre en soi la joie sans avoir à chercher des évènements qui tentent de nous créer du bonheur.

Pour ça, il faut découvrir notre personnalité.

La personnalité, c’est quoi ? C’est l’emprunte de ma personne dans la réalité. C’est pour ça que quand on regarde un tableau d’un grand peintre, on y retrouve sa personnalité. Mais si on ne veut pas catalyser notre énergie dans notre réalité, alors on se retrouve passif de sa propre vie, et notre personnalité ne devient qu’une personne alitée. La profondeur de l’être passé par la création du bien autour de soi, car c’est en offrant aux autres qu’on crée une place en ce monde. Mais alors qu’est-ce que faire une chose bonne ?

        Je répondrais par une citation de Spinoza : On appelle bien une action qui est faite dans une intentionnalité de bien, mais qui indirectement peut faire le mal. Et on appelle mal une action que l’on fait directement dans une intention de mal, mais qui indirectement peut faire un bien.

Cependant attention : Il n’y a pas plus grand traumatisme pour un noyer, que de voir que le maître nageur ne sait pas nager. C’est-à-dire qu’on ne peut apporter et partager que ce qu’on a déjà expérimenté. Maintenant si j’ai un enfant et qu’il voit que je me noie alors que je me prétends maître nageur, comment l’enfant pourra avoir envie de devenir un jour à son tour maître nageur ? Donc gagner en maturité, c’est pouvoir présenter ce que je suis devenu et non ce que je voudrais diffuser. Car si je ne l’ai pas expérimenté, alors ce que je diffuse ne pourra qu’être diffus.

Le but c’est d’accompagner notre flux existentiel (l’eau dans l’image de la montagne). Mettre des bouts de bois, c’est notre libre arbitre posé dans notre existence. La question c’est vais-je utiliser mon libre arbitre pour mettre plein de colorant et avoir une rivière bien rouge, ou vais-je tenter de diffuser et partager l’eau la plus translucide possible ? 

Mais alors exister serait être transparent sans s’affirmer ?

Bien au contraire, notre chemin est de faire naître des parties de nous en dépassant son inverse. C’est la recherche de notre obscurité qui fait naître la lumière. Un courageux est une personne qui a dépassé sa peur (elle aussi présente en lui au départ). La sincérité, c’est réussir à dépasser notre côté menteur. Une personne qui reste transparente, ne fera rien apparaitre, car il ne se dépassera pas. C’est une personne qui aurait de la peine pour la chenille en voyant un papillon.  Mais notre objectif, c’est de devenir tous de beaux papillons.  

 

Sources : Y. Benchetrit