changement de paradigme (éducation et autorité)

Nous vivons une confrontation entre un monde et une culture passée face à une culture en devenir. Que l’on parle de politique, d’éducation, ou de cadre social, nous tombons sur des experts qui montrent et expriment un effondrement à tous les niveaux. Et si, justement, cet effondrement n’était pas le symbole d’une transition tant attendue chez les « alter » ?

 

évolution du rapport à l’éducation ? 

Lorsque l’on allume la télé (ancien média qui existait auparavant à la place d’internet, pour les plus jeunes nldr) on entend sur différents plateaux télévisés qu’il y a une crise d’autorité, une crise profonde dans l’éducation, une crise politique, une crise médiatique, une crise de repères, etc. Et nous voyons une génération, basée généralement sur une même classe sociale, qui s’exprime face au cadre qu’elle a toujours connu qui tombe à la déroute. Discours, ensuite repris par les personnes qui les écoutent, avec plus ou moins d’attention. Au final, la société appartient à ceux qui ont obéi le plus possible, à ceux qui ont passé toute leur vie aliéné (Fait de devenir étranger à soi-même) dans un système de plus en plus artificiel, hors du réel et de ses dynamiques de changement et d’imprévu. Puis on accentuera la vision d’une forme de sclérose intellectuelle à tous les niveaux, du manque de perspective, d’imagination, d’élan etc. Seulement lorsque l’on approfondit un peu toutes ces questions de manière globale, il peut y avoir une toute autre vision qui nous arrive, que je vais tenter d’exprimer ici.

Je vais commencer par la dimension éducative. Nombreuses sont les personnes qui montrent du doigt notre système éducatif actuel qui est de plus en plus complexe, des élèves et étudiants qui veulent de moins en moins apprendre et une autorité qui n’existe plus. Constat sombre et triste que voilà. Du coup pour me changer les idées, je vais faire un tour sur youtube et là, je tombe sur quoi ?

Des chaînes éducatives qui parlent de sciences comme :  « e-penser »,  « dirty-biology », « Mickaël Launay », « Balade mentale», «Florence Porcel».  Des chaînes éducatives qui parlent de sciences humaines comme : « haking social », «le psylab», «Linguisticae», « Esprit Critique », «Mondes sociaux», « le stagirite », «Monsieur Phi».  Des chaînes éducatives qui parlent de cultures comme : « l’alchimie d’un roman », « Tyllou », « c’est une autre histoire », «la prof», «Nart». Des chaînes éducatives qui parlent de politique comme : « Whip» ou « accropolis». De nouvelles initiatives comme  « on passe à l’acte » ; et tellement d’autres à découvrir en liens toutes aussi pertinentes.

Toute cette liste pour dire quoi ? Que le problème fondamental, aujourd’hui, n’est pas un problème de manque d’envie d’apprendre, ni d’autorité ; ces personnes, avec le temps, commencent à avoir une certaine légitimité et donc autorité parmi les gens qui les suivent. LE problème au final est plus du côté du cadre autoritariste proposé par le système éducatif. C’est-à-dire non pas que l’élève donne son autorité à une personne qui lui semble un bon « prof » mais à l’inverse un « bon prof » qui se doit d’imposer son autorité à travers un certain cadre. Différences que l’on retrouve aussi dans le système éducatif entre l’éducation nationale et les écoles alternatives (de Steiner en passant par Montessori, et bien d’autres encore). Seulement voilà, une critique revient très régulièrement lorsque l’on parle de ce genre de système éducatif : ils sont très bien, mais il devient très compliqué de réintégrer le système éducatif, ou la société et son cadre professionnel ensuite. Ces jeunes sont souvent bien créatifs, mais ne supportent plus de cadre. De cadre ou LE cadre ? Est-ce aux jeunes à se formater et rentrer dans le cadre social de plus en plus en crise, ou est-ce au cadre social d’évoluer en prenant en compte cette évolution ?

Que montre Hannah Arendt dans La  crise de la culture et plus particulièrement dans le chapitre consacré à la crise de l’éducation? D’abord, qu’en croyant libérer l’enfant de l’autorité des adultes en affirmant que ces derniers ne doivent pas le gouverner mais  lui laisser la  liberté  de se gouverner lui-même, le monde moderne  l’a en définitive aliéné à « une autorité plus bien effrayante et vraiment tyrannique : la tyrannie de la majorité ». Ceci est effectivement un point très important à prendre en considération et qui peut être associé avec la réflexion sur la tyrannie de la majorité exprimée aussi par Tocqueville. Et là, effectivement, il est fondamental d’être vigilant avec ces nouvelles formes éducatives et de ne pas tomber dans un narcissisme qui place l’élève au-dessus du maître. Ensuite, sous l’influence de la psychologie moderne, la pédagogie est devenue « une science de l’enseignement en général, au point de s’affranchir complètement de la matière à enseigner ». Est maintenant professeur, poursuit- Hannah Arendt, celui qui est capable… « d’enseigner n’importe quoi ». Or, comment un professeur, dont on rogne la formation disciplinaire au prétexte qu’elle importerait peu, pourrait-il jouir de quelque autorité que ce soit si, n’ayant plus besoin de connaître sa propre discipline, il en sait à peine plus que ses élèves ? Et à quoi est-on en vérité parvenu en vidant l’acte pédagogique de son contenu disciplinaire sinon à tarir la source la plus légitime de l’autorité sans laquelle nulle confiance, sans laquelle nulle transmission n’est possible ? Nous voyons ici comment une machine institutionnelle a supprimé le sens de l’éducatif et du goût de la connaissance, remplacé par des formations qui transforment les professeurs en des machines à transmettre sans possibilité de partager le goût du savoir en lui-même ; ce qui supprime l’autorité de fait, remplacée par un autoritarisme vide de sens. Il faudrait donc rendre au magister (maître)  ce qui lui appartient et qu’il convient de distinguer du dominus (professeur despotique ?). Ce dernier domine l’esclave. Celui-là maîtrise le savoir qui fonde sa légitimité et qui lui confère une  autorité nécessaire en faisant de lui un tuteur éclairé, autrement dit véritablement adulte.

évolution sociale ? 

Si je reviens sur l’association « on passe à l’acte« , par exemple, ce qui est frappant, c’est le nombre d’initiatives qui marche bien, basé sur un cadre de coopération, autant au niveau social que professionnel (avec les scoop, les coopératives), voire économique, et autres. C’est-à-dire que le cadre que l’on retrouve dans les écoles alternatives, le lien entre ludique et informatif que l’on retrouve sur les chaînes internet, sont le même cadre qui, aujourd’hui, se développe de plus en plus à tous les niveaux et qui est, de plus, efficace, éthique, lié à l’écologie et plus pacifique. Donc, l’autorité est distribuée de manière naturelle par ceux qui veulent apprendre et approfondir un savoir, une connaissance, vers ceux qui ont la maitrise de la chose.

À ce moment-là, une remarque me saute aux yeux : il y a un cadre dit officiel qui s’effondre de toute part, basé sur un autoritarisme qui tente de s’imposer et perd peu à peu toute légitimité et efficacité, puis à côté, un tout autre cadre, basé lui sur la coopération et une vision bien plus horizontale qui, via internet et les actions locales quotidiennes d’une grande diversité de personnes, se développe et se perfectionne de jour en jour. Alors oui, effectivement, il y a bien une crise profonde systémique (tout le système occidental, philosophique et pratique en crise), oui, il se retrouve dans presque tous les domaines qui sont, eux aussi, en crise. Mais le problème, au final, est-il un manque de vision future, un vide face à tous ces problèmes ?  Ou bien l’objectif de notre époque ne tendrait-il pas vers le lâcher prise d’un système qui n’a que peu évolué depuis bien longtemps, pour laisser place à un changement qui s’ouvre vers un inconnu qui émerge ? » ?

Allons voir dans notre quartier toutes ces associations, ces collectifs qui, par la coopération, chaque jour, construisent le monde de demain, et qui ont surtout besoin d’un peu plus de visibilité pour laisser percer de ce nuage obscur, créé par le spectacle médiatique (porte ouverte à tous les obscurantismes jouant avec la peur), une transition joviale, solidaire, éthique et écologique qui se crée et évolue à chaque instant. Pour approfondir ces questions dans une vision systémique je vous conseille le documentaire : « Demain« .