Liberté et entourage : comment se situer ?

« La liberté de l’un s’arrête là où commence celle d’autrui ». Excellentes intentions, mais conséquences néfastes en ce qui concerne l’intégration du vivre-ensemble.

Cette maxime qui se veut simple et concise pour expliquer notre rapport à ce grand sujet qu’est la liberté, n’est finalement pas si bénéfique et pertinent qu’il n’y paraît. Cette maxime permet d’intégrer de manière inconsciente un rapport de forces et de violence entre les individus.

Si ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre, il y a du coup des frictions aux frontières et nous sommes dans une forme symbolique de guerre de territoires. Un enfant grandit en accroissant ses prises sur le monde, son autonomie, c’est-à-dire sa liberté. Cette maxime revient à le persuader qu’il ne peut en effet accroître sa liberté qu’au détriment de celle d’autrui. Car si ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui, alors, en agrandissant ma liberté, la logique voudrait que je me retrouve à réduire celle d’une autre personne à partir d’un certain moment. Envisager la recherche de liberté comme on envisage la conquête de parts de marché revient à promouvoir un regard néolibéral sur toute forme de liberté. La vision individualiste libérale n’est donc que la déduction de ce que propose cette maxime pour pouvoir évoluer. D’une autre part cette vision promue une pulsion de mort comme mode de rapports entre les hommes, puisque la concurrence veut d’abord la mort symbolique de l’autre. Si ma liberté s’arrête à l’autre, en supprimant l’autre, j’agrandis ma zone de liberté.

En réalité, le rapport à la liberté est tout autre. Notre liberté grandit avec autrui, car en nombres nous acquérons plus de pouvoir, plus de capacité d’action que tout seul. S’allier permet d’ouvrir le champ des possibles vers du coup plus de liberté. Les alternatives lorsque nous nous retrouvons dans une impasse viennent bien plus souvent d’un groupe que d’une personne isolée. Que ce soit des réunions brainstorming en entreprise, des associations qui font émerger des alternatives aux niveaux des citoyens, des militants qui se regroupent pour porter un message, le collectif est créateur de liberté jusque-là inaccessible.

De plus, l’idée même d’une liberté qui « s’arrêterait » est parfaitement erronée. Et cela, autant dans des domaines très différents, que ce soi dans un domaine remplis de règles et de rigueur comme les mathématiques à son inverse comme l’art. Il s’invente à peu près, nous dit-on, des centaines de nouveaux théorèmes chaque année pour ce qui est de la question des mathématiques. Pour le côté artistique, l’illustration est encore plus évidente lorsque l’on voit les domaines comme la musique, la peinture, la sculpture… où la création et la liberté de chaque auteur est sans limite une fois la technique maîtrisée.

Il serait donc bon de comprendre la problématique inconsciente que peut porter une phrase comme cette maxime portée par toute personne qui veut apporter un cadre éducatif en se rendant compte des répercussions qu’elle engendre. Du coup, il pourrait être intéressant de remplacer cette maxime par une autre venant de Kropotkine : « La liberté commence là où commence celle des autres ».