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la démocratie moderne : la victoire de la tradition libérale sur la tradition démocratique

Il est crucial de comprendre que la démocratie moderne propose une nouvelle forme de politique de la société, qui tire sa spécificité de l’articulation de deux tradition différentes.
D’une part la tradition libérale constitué par l’Etat de droit, la défense des droits de l’Homme et le respect des libertés individuelles ; d’autre part la tradition démocratique dont les idées principales sont celles de l’égalité, de l’identité entre gouvernants et gouvernés, et de la souveraineté populaire. Il n’y a aucune relation de nécessité entre les deux traditions distinctes : il n’y a qu’une articulation historique contingente.

La tendance qui prédomine aujourd’hui consiste à envisager la démocratie de telle sorte qu’elle est presque exclusivement identifié à l’Etat de droit et à la défense des droits de l’Homme (histoire de la démocratie libérale), sans tenir compte de la dimension de la souveraineté populaire, jugée obsolète (tradition démocratique).

Cela a créé un “déficit démocratique” qui, étant donné le rôle central joué par l’idée de souveraineté populaire dans l’imaginaire démocratique , peut avoir des retentissements redoutables sur l’allégeance aux institutions démocratiques.

Dans une démocratie libérale (dite aussi démocratie représentative), on pose toujours des limites à l’exercice de la souveraineté populaire. En général, ces limites sont présentées comme le cadre même du respect des droits de l’Homme, et comme non négociables. En fait, puisqu’elles dépendent de la façon dont les droits de l’Homme sont définis et interprétés à un moment donné, elles sont l’expression de l’hégémonie dominante et donc contestables. Ce qui ne peut être contestable dans la démocratie libérale, c’est l’idée qu’il est légitime d’établir des limites à la souveraineté populaire au nom de la liberté. D’où sa nature paradoxale. Pour le formuler à la façon de Wittgenstein, il existe une tension constitutive entre leurs “grammaires” correspondantes, tension qui ne pourra jamais être surmontée, mais seulement négociée de diverses façons. C’est pourquoi le régime démocratique libéral a constamment été le lieu de lutte qui ont impulsé les mutations politiques à travers l’histoire.

La tension entre ces deux composants ne peut qu’être temporairement stabilisé grâce à des négociations pragmatiques entre forces politiques, qui établissent toujours l’hégémonie de l’une d’entre elles. Jusqu’à récemment, l’existence de forces rivales était ouvertement reconnue et ce n’est qu’aujourd’hui, depuis que l’idée même d’une alternative à l’ordre existant a été discréditée, que la stabilisation réalisée sous l’hégémonie du néolibéralisme -avec son interprétation très spécifique des droits qu’il considère comme importants et non négociables – n’est pratiquement plus contestée.
C’est ainsi que les néolibéraux défendent une politique qui prétend se situer “par-delà la gauche et la droite”, catégorie supposément périmées. Ils cherchent à créer un “consensus au centre”, seul type de politique adapté, selon eux, à la nouvelle société de l’information, les opposants à leur “projet de modernisation” étant traités de “force du conservatisme”. Lorsqu’on creuse leur discours, on comprend rapidement qu’en fait, ils ont tout simplement renoncé à la lutte traditionnelle de la gauche pour l’égalité.

Sous prétexte de repenser et de réactualiser les revendications démocratique, leurs appels à la “modernisation”, à la “flexibilité” et à la “responsabilité” dissimulent leur refus de prendre en compte les revendications des secteurs populaires, exclus de leur priorités politique et sociétales. Pis encore, ces revendications sont écartées sous prétexte d’être des reliques “antidémocratiques” et “rétrogrades” du projet de la “vieille gauche”, totalement discrédité.

Pour aller plus loin : le paradoxe démocratique Mouffe chantal