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le présent : un état d’être

Nous pouvons lire régulièrement, il faut vivre dans l’instant présent. Est-ce que cela veut dire qu’il ne faut pas se projeter dans le passé ou le futur ?

Le temps présent tel qu’il est vu à notre époque est le temps du nihilisme, un temps hors causalité, et donc hors de toute dynamique de long terme. C’est le temps du capitalisme (le temps, c’est de l’argent) une fois capitalisé, on cherche sans cesse à “gagner du temps”, et on oublie que vivre, c’est justement ce qui se passe quand on perd du temps à… Vivre.

Nous sommes donc passés du temps du raisonnement (le temps de l’écoulement, de la lenteur et de l’appréciation du coup de l’instant) à un temps de l’instantanéité et de la séquence. Des projets à long terme (la recherche de sens) on passe à un temps court qui doit rapporter vite. Si l’on veut vraiment vivre dans l’instant présent, c’est un rapport à la lenteur, à l’écoulement et au temps à perdre que nous devons approfondir.

De plus, c’est tout notre rapport au temps qui peut être conceptualisé de manière bien différente.

Le passé est encore présent dans notre présent. Le meilleur exemple pour cela est la psychologie, ce qui a pu nous arriver dans notre passé entraîne des répercussions dans notre présent. De même, la culture, la science et bien d’autres domaines, évolue par accumulation, par approfondissement, de fait autant au niveau social que personnel. Le passé influe et est toujours bien présent dans notre présent.

Le futur est quant à lui, déjà présent. Prenons un exemple pour expliquer ça. Le gland comporte en lui, comme toute graine, tout ce qu’il fera de lui par la suite une jolie chaîne. De ce fait, le futur est déjà dans le présent sous une forme condensée. De plus, si tu ne fais pas une place dans ton présent, pour ton futur, comment veux-tu alors avoir un futur ? Si je souhaite avoir un enfant, il est important aujourd’hui que je trouve la mère, que je construise une relation, dans laquelle l’enfant aura sa place. Si je ne crois pas en un avenir, alors ça ne peut marcher, il ne se réalisera pas et je vis au jour le jour sans lendemain. Le présent, c’est donc aussi laisser une place et porter une attention sur mon avenir.

Donc si le passé, le présent et le futur sont imbriqués dans notre présent. Qu’est-ce qui m’empêche de mettre mon présent au passé ? Et de fait, j’ai une vision du futur  qui s’amorce. Cela se fait tous les jours. Ça se nomme la puissance du recul.

Prendre du recul, c’est donc influer sur son présent pour mieux comprendre au présent notre cheminement. Plus le temps passe plus on vieillit, plus on vieillis plus on a du recul sur son passé. Effectivement, plus on va prendre de la distance, plus on pourra observer de manière neutre et posée, ce qui s’est passé. Cela permet d’avoir plus de justesse sur l’observation de nos expériences. Coller une feuille contre votre visage, il semble évident que ça sera plus difficile à lire que si vous la mettez à bonne distance.

Le recul peut donc se faire soit horizontalement, le temps créé du recul (passé, présent, futur), soit verticalement dans l’instant présent. On se projette pour s’élever et ainsi mieux observer une situation qui peut être problématique.

Vivre dans l’instant présent, peut donc être dans le sensitif, la pleine conscience de ce qui se passe à l’instant ; mais vivre dans le présent peut avoir lors événements plus problématiques ou pour construire et orienter ses actes, une démarche tout autre. Vivre dans le présent, questionne notre rapport au temps et la place du recul nécessaire dans une vie quotidienne.