Différence entre le coaching et les courants philosophiques ou spirituels traditionnels [1]

Notre société, par sa vision de consommation à outrance, a réussi à déplacer cette vision dans toutes les sphères de notre vie et a notamment réussi à détruire un point fondamental : la relation avec autrui. Mais avant de pousser un peu plus loin cette remarque, je voudrais faire une autre distinction entre 2 visions à la mode : le développement personnel et la voie spirituelle. 

Dans le développement personnel, majoritairement les personnes utilisent la spiritualité comme un produit de consommation. Dans ce cas-là, la spiritualité est utilisée pour conforter ou se rassurer sur la vision que l’on a du monde. On ressent une impression depuis toujours qui est impalpable et on trouve dans les courants spirituels ce qui peut mettre des mots sur ces impressions et nos maux. En général on s’attarde sur ce qui nous paraît bien dans les spiritualités, en mettant de côté ce qui peut nous déranger. La question principale de ce cheminement est : qu’est-ce que je suis prêt à gagner ?

Dans une démarche de voie spirituelle, les personnes rentrent dans la spiritualité comme un travail plus profond pour comprendre le monde et notre place en son sein. Dans ce cas-là, la spiritualité est vue comme un outil qui nous déroute, nous chamboule, en mettant à chaque étape tous nos repères en question pour que notre vie se transforme et change, en fonction des nouvelles visions du monde qui s’ouvrent à nous. Dans ce cas-là, on ressent une impression depuis toujours impalpable qui nous dit qu’il y a un monde différent de celui dans lequel on vit et on est prêt à travailler, quitte à perdre nos repères, pour découvrir ce monde mystique en prenant en compte autant ce qui nous plait dans le spirituel et ce qui peut nous paraître moins intéressant, mais qui fait partie du chemin spirituel. La question principale de ce cheminement est : qu’est-ce que je suis prêt à abandonner ?

Nous voyons ici se dessiner donc 2 visions différentes qui peuvent être complémentaires. Une personne en souffrance par exemple peut soit aller voir un thérapeute pour se lancer dans un travail de reconstruction ou de construction interne pour dépasser ses souffrances et retrouver la paix. Ou cette personne qui souffre de faible estime d’elle-même peut aller voir un coach pour apprendre par la motivation à se dépasser et retrouver sa confiance interne. 

Cependant, en creusant profondément dans la vision que chaque courant apporte, nous pouvons constater certaines différences notoires, notamment le rapport au lien. Quelle vision de l’humain se cache derrière chaque méthode ?

Le coaching qui vient, à la base, des entreprises aux USA et donc construit par le management, apprend comme nous l’avons vu à se dépasser, pour réaliser des objectifs (professionnel ou personnel) qui nous étaient difficilement réalisables jusque là (problème de procrastination, de confiance en soi, de motivation, de peurs diverses etc)

Un courant religieux vient d’une philosophie ou théologie construit généralement par un « maître »  vivant ou historique (un prophète par exemple) pour apprendre à se connaitre en profondeur et nous reconnecter à quelque chose de bien plus grand que nous « Dieu » , le tout, etc.

La thérapie psychologique pourrait se placer entre les deux, se rapprochant du coaching avec, par exemple, les TCC ( thérapie cognitive et comportementale) et d’une vision « spirituelle laïque » avec les courants de psychanalyse Jungienne par exemple.

Pour simplifier le raisonnement, je vais donc ici m’attarder sur les 2 premiers : le coaching et le courant spirituel (ou religieux). En sachant qu’ils existe cependant une multitude de formes dans chacun de ces courants.

Le lien donc : dans un courant spirituel, la voie a pour objet de réduire l’ego pour se connecter à plus grand que soi, et ressentir l’interconnexion du vivant. Tous les êtres sont donc interconnectés et liés ensemble par un concept bien plus grand qui porte différents noms selon le courant choisi. A ce moment-là, faire souffrir l’autre revient à se faire souffrir, ou dit différemment, aider l’autre à avancer et évoluer aide tout le monde à évoluer et à avancer. L’autre est donc vu comme une partie du tout, donc de nous, qui existe profondément en lien entre nous et tout le vivant.

Dans la vision portée par le coaching, ce rapport au lien et à l’autre est tout autre. Dans un premier temps, vous tomberez rarement sur la vidéo d’un coach qui place le sujet de celle-ci sur le lien en lui-même, sur la relation. Dans cette vision, la relation existe principalement pour nous aider à évoluer. Si je souffre dans une relation avec une personne, c’est qu’elle me renvoie un point que je dois travailler sur moi. Ici l’accent est porté sur l’utilité de l’autre pour me faire avancer et non sur la construction de la relation elle-même, ou de l’autre pour faire tout évoluer. La relation est vue comme consommable, impliquant de choisir ses relations pour qu’elles nous soient bénéfiques. Nous voyons donc ici une vision managériale qui définit notre rapport aux autres, au monde et à soi, de manière plus ou moins inconsciente, basée sur des principes positifs comme la liberté, l’indépendance, l’autonomie etc.

Il y a peu de temps, j’ai eu une réflexion qui m’a amusé. La recherche de sens, ce fait à l’extérieur de nous pour éviter de trop se poser des questions sur soi-même. Si nous partons du postulat que la science, la technique, nous poussent toujours davantage à maîtriser le monde extérieur, il est un mouvement qui revient à la mode, c’est la multitude des voies spirituelles pour justement se «reconnecter à soi». Cependant, si l’on regarde les sites ou les ouvrages, qui parlent justement de ces sujets-là, nous trouvons très vite, un tas d’articles nous expliquant comment développer (en soi) des facultés extra-sensorielles : Chaneling, voyance, médiumnité, et autre. Et c’est là que je me suis dit que la vision occidentale avait même infiltré la manière de se rapprocher de soi, par une vision mécaniste de performance (toujours plus de pouvoir?) à chercher à l’extérieur de soi. Je ne suis pas sûr qu’un ouvrage parlant de la beauté des ressenti intras-sensoriels se vendrait aussi bien. 

La question n’est pas ici de faire disparaitre l’humain dans le groupe et couper avec les principes cités juste au-dessus, mais de savoir comment faire lien entre ces principes et un rapport aux autres collectif, constructif et fédérateur pour resserrer une cohésion sociale qui se retrouve déstructuré et en manque de confiance.