Les bases de la désobéissance civile

Aussi paradoxal que cela puisse sonner, la désobéissance, cela s’apprend. Pour être efficace et pour ne pas se mettre en danger d’abord. Et aussi pour prendre plaisir à changer le monde ! Aperçu de ce que proposent en France le collectif des désobéissants.

 

UNE BRÈVE HISTOIRE DE LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE

PRÉCURSEURS

C’est Henry David Thoreau qui le premier a revendiqué le droit à la désobéissance civile. En 1870, cet instituteur américain, par ailleurs précurseur de l’écologie, décide de ne pas payer l’impôt pour protester passivement contre le maintien de l’esclavagisme et la conquête militaire du Mexique. Une résistance qui lui vaudra une nuit de prison !

Thoreau restera la figure inspiratrice d’autres grands résistants plus proches de nous : GandhiMartin Luther King, et aujourd’hui par exemple l’euro-député José Bové. S’il a toujours existé des résistants, Thoreau est le premier à avoir lié résistance et action non-violente.

La désobéissance civile est omniprésente mais elle fait malheureusement partie de la petite histoire… Évoquons Lip, le Larzac, le Chiapas, les enfants de Don Quichotte, le collectif féminin La Barbe, ou encore les faucheurs volontaires et les déboulonneurs

A côté de ces collectifs ayant eu une retombée médiatique, gardons à l’esprit que quotidiennement des actions de désobéissance civile ont lieu en France sur des sujets aussi variés que le nucléaire, le droit des handicapés, le syndicalisme, la santé, l’éducation, les sans-papiers, la publicité…

Henry David Thoreau

 LE COLLECTIF DES DÉSOBÉISSANTS

Les Désobéissants est le nom d’un collectif (ce n’est donc pas une association) créé à l’initiative de plusieurs activistes qui, déçus par l’arrêt de la campagne Greenpeace sur le nucléaire militaire, décident quand même de continuer des actions de désobéissance avec la méthode Greenpeace… mais sans Greenpeace.

L’idée est alors de diffuser les méthodes et le savoir-faire de la célèbre association écologiste en matière d’action directe non-violente (activisme), mêlé aux savoirs d’autres collectifs étrangers où existe une culture de la désobéissance (Belgique, Allemagne, Angleterre).

Xavier Renou, ancien responsable de Greenpeace sur ladite campagne, anime un certain nombre de formations pour les Désobéissants partout en France. Il est l’auteur du Petit Manuel de désobéissance civile à l’usage de ceux qui veulent vraiment changer le monde qui résume le contenu de ces formations.

Le présent dossier est lui-même une fiche de lecture de l’ouvrage… mais aussi une analyse des dites formations et même de certaines actions…

Précisons que le collectif des Désobéissants se veut comme un réseau de personnes disponibles à venir vous aider si vous envisagez de mener une action de désobéissance civile. A priori, toutes les thématiques visant un bien commun menacé, environnementales, sociales et culturelles sont bienvenues.

désobéissance civile

 

POURQUOI DÉSOBÉIR : PLAISIR ET EFFICACITÉ CONTRE LA PENSÉE MAGIQUE

 

Aujourd’hui, dans le milieu militant, il existe encore un mot tabou. Celui de plaisir. Le militantisme est encore associé à l’idée de sacrifice. Or comme le rappelle le collectif des désobéissants : « nous n’avons pas besoin de martyrs, pas besoin de souffrir ». Désobéir doit aussi se faire avec plaisir.

Parallèlement à cette nouvelle dimension hédoniste du militantisme, l’objectif de ces nouvelles formes d’action est l’efficacité. Avec les tracts, les pétitions et les manifestations, on s’en remet à l’adversaire pour changer son comportement. Ces croyances ne relèvent-elles pas d’une pensée magique ? Telle une prière ou un cierge que l’on brûlerait pour espérer un changement. Cette thèse, présentée en préambule de l’ouvrage aura de quoi scandaliser les militants aguerris.

Même si la pétition et la manifestation sont des étapes importantes dans un combat, il faut reconnaître avec les désobéissants que ces recours ne génèrent pas de plaisir et que, fuyant le rapport de forces, ils ne sont pas efficaces.

Bref, il est temps d’agir…

 

UN PEU DE VOCABULAIRE

DÉSOBÉIR À LA LOI… MAIS ENTRE LES LIGNES

N’ayons pas peur de cette lapalissade : la désobéissance, sous-entendue désobéissance à la loi, est souvent illégale !

La désobéissance est la contestation hors du cadre légal : pétitions, procès, manifestations déclarées en préfecture…

Parfois, l’illégalité d’une action peut sembler abusive. Ainsi, depuis 2010, l’appel au boycott envers un pays est-il passible de 45 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement. Bigre, les militants anti-appartheid des années 1970 l’ont échappée belle !

Si l’on est alors amené à invoquer la légitimité d’une action, il faut reconnaître que la légitimité ne permet pas tout… Comment défendre par exemple un attentat à la bombe… même contre un criminel de guerre ?

La désobéissance civile est une forme de contestation qui dépasse son cadre particulier. Au nom d’un idéal (les biens communs, la gratuité, la solidarité), d’un principe (le droit à vivre dans un environnement sain). Fort heureusement, le monde juridique ne recouvre pas totalement le monde réel. Juridiquement parlant, il existe une énorme « zone grise » qui est justement celle où se déroulent la plupart des actions de désobéissance !

désobéissance civile

 

LES SEPT PRINCIPES DE LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE 

1. La désobéissance civile est la violation délibérée, spécifique, de la loi, au nom d’un principe social essentiel. Elle devient non seulement justifiable mais nécessaire quand un droit humain fondamental est menacé et quand les moyens légaux pour faire respecter ce droit sont inadaptés. Il peut prendre la forme de violation d’une loi injuste, de protestation contre une situation injuste ou d’application symbolique d’une loi ou d’une situation souhaitable. Qu’elle soit reconnue comme légale, au nom d’un droit constitutionnel ou international, ou non, son but est toujours de combler la brèche qui sépare la loi de la justice, dans un processus infini de développement de la démocratie.

2. Il ne faut reconnaître aucune valeur sociale à l’obéissance absolue comme à la désobéissance absolue à la loi. Prôner l’obéissance à des mauvaises lois, comme façon d’inculquer un certain servilisme abstrait à « l’ordre légal » ne peut qu’encourager les tendances déjà très répandues des citoyens de se courber devant le pouvoir de l’autorité, de refuser tout affrontement avec l’ordre établi. Exalter l’ordre légal comme quelque chose d’absolu est la marque du totalitarisme, et il est possible de créer une atmosphère totalitaire dans une société qui possède nombre des attributs de la démocratie. Revendiquer le droit des citoyens à désobéir à des lois injustes et le devoir de désobéir à des lois dangereuses, c’est la véritable essence de la démocratie, qui accepte que le gouvernement et ses lois ne sont pas sacrés mais qu’ils ne sont que des instruments, au service de certaines fins : la vie, la liberté, le bonheur. Les instruments sont accessoires ; pas les fins.

3. La désobéissance civile peut demander la violation de lois qui ne sont pas injustes par elles-mêmes, pour protester à propos d’une question que l’on estime très importante. Dans tous les cas, l’importance de la loi transgressée doit être mesurée en relation à l’importance de la question. Une règle du code de la route, transgressée temporairement, n’est pas aussi importante que la vie d’un enfant renversé par une auto ; l’occupation de bureaux publics l’est moins que l’homicide de civils au cours d’une guerre ; l’occupation illégale d’un bâtiment est moins injuste que le racisme à l’école. Non seulement des lois déterminées, mais aussi des situations personnelles peuvent être insupportables et la transgression de lois normalement acceptables peut agir comme mode de revendication.

4. Si un acte déterminé de désobéissance civile est un acte de revendication moralement justifiable, il s’ensuit que l’emprisonnement de ceux qui l’ont commis est injuste et devrait être opposé et contesté jusqu’au bout. Celui qui revendique doit refuser la condamnation autant qu’il refusait de respecter la règle transgressée. Il peut exister des cas où les personnes impliquées dans une revendication peuvent décider d’aller en prison comme moyen de continuer leur acte de protestation, pour rappeler à leurs concitoyens l’injustice qu’elles subissent, ce qui ne veut pas dire que l’emprisonnement fait nécessairement partie d’une règle gouvernant la désobéissance civile. L’important est que l’esprit de la revendication soit conservé dans tous les cas, que l’on aille en prison ou non. Accepter la prison comme acte de pénitence en accédant aux « règles » signifie retomber abruptement dans le même esprit de servilité, et minimiser la gravité de la revendication.

5. Ceux qui s’engagent dans la voie de la désobéissance civile devraient choisir des tactiques aussi peu violentes que possible, en accord avec l’efficacité de la revendication et l’importance du sujet. Le degré de désordre provoqué doit être raisonnablement en rapport avec l’importance de la question traitée. La distinction entre tort infligé aux personnes et tort infligé aux biens doit être primordiale. Les tactiques appliquées aux biens peuvent comprendre (toujours : en considérant l’efficacité et l’importance de la question) : la dévalorisation (comme dans le cas des boycotts), la dégradation, l’occupation temporaire et l’appropriation permanente. Dans tous les cas, la force impliquée dans tout acte de désobéissance civile devrait agir clairement et spécifiquement sur l’objet de la revendication.

6. Le degré de désordre dans la désobéissance civile ne devrait pas être mesuré en rapport à une fausse « paix » supposée exister dans l’ordre établi, mais contre le vrai désordre et la violence qui font partie de la vie courante, qui se manifestent ouvertement au plan international dans des guerres, mais qui se cachent aussi localement derrière le masque de « l’ordre » occultant l’injustice de la société actuelle.

7. Lorsque nous réfléchissons sur la désobéissance civile, nous ne devons jamais oublier que nos intérêts sont différents de ceux de l’état et que nous ne devons jamais laisser les agents de l’état nous persuader du contraire. L’état veut le pouvoir, l’influence, la richesse, comme des fins en elles-mêmes. Les individus recherchent la santé, la paix, l’activité créatrice, l’amour. L’état, grâce au pouvoir et aux richesses qu’il détient, ne manque pas de porte-paroles pour défendre ses intérêts. Cela signifie que les citoyens doivent comprendre la nécessité de penser et d’agir par eux-mêmes ou en accord avec d’autres membres de la collectivité.

(par Howard Zinn) (Disobedience and democracy : nine fallacies on law and order- New York : Random House / Vintage, 1968), 119-12

QUELQUES EXEMPLES

Vous allez voir que désobéir se décline sous diverses formes, souvent ludiques, parfois spectaculaires.

 

Du théâtre pour sensibiliser

Le Théâtre Forum (théâtre action en Belgique) est issu des favelas brésiliens et très populaire en Inde pour dénoncer les violences faites au femmes. Il s’agit d’improviser une scène sur un thème révélant les oppressions (d’où aussi le terme Théâtre de l’Opprimé). A la fin, on invite le public à venir rejouer la scène en proposant d’autres issues au scénario…

Une variante du théâtre forum est le Théâtre de l’Invisible où l’on va jouer une scène en situation réelle (dans le métro, dans un amphithéâtre lors d’un congrès par exemple) mais bien sûr, personne ne sait que les protagonistes sont des acteurs. C’est notamment ainsi que le débat public sur les nanotechnologies a été un échec complet dans toutes les villes françaises concernées.

Cela permet entre autres de perturber une réunion ou une conférence, tout en profitant de la prise de parole pour exagérer les propos du conférencier par exemple. Le mieux est encore d’avoir deux groupes d’acteurs, des pros et des antis, qui vont monopoliser la parole au détriment du conférencier…

Dans la peau du clown

Le clown-actvisime, rendu célèbre par la Brigade Activiste des Clowns (BAC), présente de nombreux avantages. L’humour est en effet une arme efficace et qui passe bien médiatiquement. Surtout, le masque de clown permet de libérer et de destresser l’activiste.

Les show parodiques

On s’éloigne de l’action directe mais le format Y abon AwardsPrix Pinocchioou Big Brother awards permettent assurément de dénoncer en s’amusant et d’avoir des retombées médiatiques.

Grèves, occupations, blocages, sitting, auto-réductions

Des enfants de Don Quichotte au mouvement des Indignés, le rassemblement en masse pour occuper et bloquer un lieu permet d’aller au-delà de la sensibilisation. Cela crée le rapport de force qui va obliger l’adversaire à venir (ou pas !) négocier.

Les auto-réductions, qui consistent à réquisitionner ou voler en magasin pour un usage sur place sont évidemment des opérations risquées.

La grève de la faim, voire la grève de la soif sont encore pratiquées mais force est de constater que si elles ne mettent en danger que sa propre personne, elles jouissent rarement de retombées médiatiques.

Neutralisations

Si vous ne risquez absolument rien à éteindre les enseignes lumineuses (clan du néon), vous pouvez payer des amendes en barbouillant un panneau publicitaire ou faucher un champ d’OGM. Mais le procès est parfois un mal nécessaire pour interpeller les politiques. Quelques faucheurs de plus, et il n’y aurait aucun champ OGM en France…

 

clown activiste

 

LA QUESTION DE LA VIOLENCE

Le présent dossier n’a évidemment pas pour but de vous apprendre à fabriquer un colis piégé… Il va de soi que les actions meurtrières ou simplement dangereuses ne font pas partie de la désobéissance civile.

Hors des considérations philosophiques, la propagande par le fait a le fâcheux inconvénient de ne pas être efficace…. Médiatiquement désastreuse, historiquement stérile, la violence aveugle et anonyme, parce qu’elle cultive le secret et appelle la violence en retour, est définitivement à bannir.

Si blesser ou tuer quelqu’un sont exclus, reste que la zone de la non-violence est elle aussi très floue. Par exemple, la destruction ou la dégradation d’un bien (fauchage d’un champ, neutralisation de véhicules) sera perçue par certains comme violents, par d’autres comme non violents.

Vous pouvez faire l’expérience auprès de quatre amis et amies qui ont a priori la même sensibilité que vous. Demandez-leur de se positionner (violent ou non-violent) sur des exemples d’actions : séquestration, fauchage, barbouillage de panneaux publicitaires, remplissage de réservoirs avec du sucre… Vous serez étonné de constater que chacun a ses propres catégories, pas forcément rationnelles d’ailleurs, de ce qui est violent et non-violent.

Ceci est très important à comprendre car lors d’une action, on ne pourra pas créer un sentiment d’adhésion si d’emblée certains participants parce qu’ils considèrent l’action comme violente, vont inconsciemment la désapprouver.
Ou alors… chacun son rôle !

 

UN LANGAGE MARTIAL

Paradoxalement, le champ lexical de la désobéissance civile a recours au vocabulaire militaire.

On parle de combat, d’adversaires, voire d’ennemis, de stratégie, de plan B, d’éclaireurs, de logistique etc… Ce registre peut sembler contraire à l’esprit de non-violence qui anime la désobéissance civile. Pourtant l’adversaire existe bel et bien. Il peut être complexe, il est souvent le résultat d’un système ou seulement celui qui protège le système que nous dénonçons.

désobéissance civile

 

LA FORMATION ET LES STAGES DÉSOBÉISSANTS

Rappelons-le, les formations dispensées par le collectif des désobéissants n’ont qu’un objectif. Rendre plus efficaces les luttes des résistants. On y trouvera donc beaucoup de petites recettes pour améliorer l’efficacité des groupes. Citons par exemple

Une initiation à la communication non-violente

Constituées de signes et de rôles spécifiques, elles permettent à chacun de s’exprimer, de dégager un consensus, et d’éviter la réunionite aiguë et la guerre des égos si caractéristiques du milieu militant…

Une réflexion autour des notions de violence

Il s’agit d’un test où l’on demande aux participants de se positionner sur deux axes : violent/non-violent et je ferai/je ne ferai pas. Ainsi l’on rappelle que chacun a des perceptions différentes, aura un rôle différent et qu’en conséquence, il faudra se mettre d’accord sur un cadre philosophique temporaire.

Une initiation aux outils médiatiques et à la communication sur les actions

Eh oui, la bataille médiatique et la bataille de l’opinion sont primordiales. Or, très souvent l’on néglige cette dimension. Apprendre à faire un communiqué clair et accrocheur pour avertir des journalistes, savoir monter une vidéo et la diffuser sur internet…

Un enseignement de certaines pratiques concrètes utiles lors d’une occupation

Des techniques corporelles pour qu’en cas d’intervention des forces de l’ordre, les activistes restent le plus longtemps possible… sans que ca fasse mal !
On peut aussi y décliner le fonctionnement du matériel « standard » (chaînes, arm-lock, banderolles…)

Une feuille de route pour mener une action de A à Z sans rien oublier

En général, on sait toujours comment commencer une action… sans savoir comment et quand elle doit finir ! Il convient donc de définir l’objectif, de décliner en plusieurs objectifs intermédiaires et bien entendu de faire différents briefings. Briefing politique pour être sûr que tout le monde sait pourquoi il est là… Briefing stratégique pour répartir les rôles.

Un briefing juridique

Enfin, le briefing juridique consiste à expliquer aux futurs désobéissants quels sont leurs droits en cas de garde à vue notamment. Le genre de formation qui servira toujours de toute façon !

 

LES STAGES DÉSOBÉISSANTS

Si les formations se déroulent en général sur une journée, les stages quant à eux peuvent durer jusqu’à trois jours. Ils permettent notamment de faire des jeux de rôles ou carrément de préparer une action concrète.

Cette expérience in situ permet aux nouveaux formés de ressentir certaines émotions inhérentes à une action de désobiéssance. Le rapport avec les forces de l’ordre notamment qui peut susciter l’angoisse et la panique. Qu’on ne s’y trompe pas, même sous forme de jeux de rôle, il arrive que la confrontation avec des policiers acteurs soit plus réaliste qu’avec des vrais policiers !

désobéissance civile

 

LIMITES DU NOUVEAU MILITANTISME À LA CARTE

Les jeunes générations ont indéniablement une faible culture de l’action directe non-violente. Lors des manifestations étudiantes, et notamment lors d’une occupation d’université, il arrive qu’elles soient confrontées à expérimenter sur le tas ces techniques.

Parce qu’il rassemble des personnes d’horizons divers, le collectif des désobéissants permet un militantisme certes plus professionnel, mais aussi moins engagé. On choisit les actions selon son envie, ses disponibilités, les risques encourus… De là à dire que l’on consomme de la désobéissance…

S’il facilite la mise en relation de personnes ayant envie d’agir, le collectif des désobéissants est tout de même à l’image de notre société de consommation où l’on se sent peu engagé. Mais ce sont là les forces et faiblesses de tout mouvement à la fois informel et très éclectique.

 

LIENS SUR LA DÉSOBÉISSANCE