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L’information produit-elle de l’impuissance ?

Spinoza a fait une différence intéressante entre la Révélation et l’Expression. Deleuze explique cela dans son ouvrage : Spinoza et le problème de l’expression. La Révélation est une connaissance des signes des symboles, une connaissance « hors sol » irrationnelle car venant d’une révélation et non d’une forme de déduction rationnelle. A l’inverse l’Expression, ce qui va s’exprimer, est ce qui existe et qui demande une connaissance ou une reconnaissance.

L’exemple de Deleuze est dans une forme de dialogue entre Spinoza et Adam : Si nous pensons que l’interdiction de manger la pomme était une Révélation qui était faite à Adam par Dieu, nous sommes dans la logique religieuse de l’ignorance de l’être. Adam suit la loi, il obéit par crainte et non par connaissance.  Si on analyse la même situation au niveau de l’Expression, on comprend que Dieu s’exprime et par la connaissance (qui est l’expression de Dieu) nous apprenons que cette pomme ne s’intègre pas bien avec mon corps, mon être. Dieu permet à ce moment-là de faire connaitre à Adam le rejet de son être et de la pomme. On passe de la croyance à la connaissance. Dans la Révélation, le principe d’autorité tient lieu d’explication suffisante.

Pour Spinoza une idée adéquate est une idée produite par la raison et qui correspond à la connaissance que j’ai de la nature réelle. C’est ce qu’il nomme l’Expression. Du côté de la Révélation je suis dans la réception passive, je suis agi par…. Là ou dans l’Expression et donc la connaissance, j’agis pour devenir acteur de ce que j’intègre, en lien avec ma réalité concrète.

On pourrait donc dire que pour Spinoza entre la production énorme de savoir actuel venant de la rationalité et la vie, il y a un gap important. Celui-ci est marqué par l’idée de Platon qui ne considère pas de lien harmonieux obligatoire entre le monde des idées et le monde vécu de la sensation. La rationalité qui demande une exigence de cohérence en sort très souvent le sensible, qui créé justement une faille sociale via l’imprévue, le réel. C’est à cause de cette recherche de cohérence absolu, construite de manière abstraite que cette information « hors sol » devient un cauchemar.

La question est donc : qu’est-ce que le sens commun ? les sophistes ou démagogue (avec le storytelling) ne peut faire avaler n’importe quoi au peuple, car « le corps pense » via l’expérience du réel. Avec la correspondance entre corps et idée qui empêche le corps (l’émotion) de faire n’importe quoi. De la même manière que les idées ne peuvent avoir de sens hors du réel de l’individu. Une idée conceptuelle hors de l’expérience de l’individu créé de l’impuissance à agir, car non ancré dans la vie. A l’inverse, l’idée adéquate, le lien entre la connaissance et l’expérience produit l’action. Spinoza est un penseur de la praxis (de l’action) il réfléchit aux conditions qui détermine l’action. Et pour lui c’est la création d’une idée adéquate, car elle accompagne l’affect et le réel.

Pourquoi le storytelling fonctionne dans un monde rationnel ? Car le sens commun est trop proche de l’expérience et manquerait de l’information du sens critique (discours d’expertise).

Ce rejet de l’expérience pour le monde des idées est une forme de rejet du vivant. Pour illustrer cela nous pouvons songer aux courriers entre Benjamin Constant lettre et Kant. Constant constitutionaliste français, écrit une lettre à Kant en disant en substance :  cher professeur vous disait qu’il ne faut jamais mentir dans aucune occasion « principe de morale universelle », alors imaginez-vous qu’un ami arrive chez vous, frappe à la porte et dit il y a un assassin qui veut me tuer cache moi. Vous le cacher et l’assassin sonne chez vous : que faites-vous ? Et Kant répond « vous ne devez pas mentir. »

Ce qui se pose là, c’est l’idée de la rationalité comme cauchemar de l’âme. La rationalité en tant que finalité se retrouve en confrontation avec le vivant. Benjamin Constant exprime que quel que soit le cadre rationnel, « tu ne balance pas ton copain ». Le mensonge est relatif à l’expérience vécu. Le sens commun c’est vivre dans l’expérience concrète, et non dans un monde abstrait des idées.

Macron est par exemple convaincu que les idées façonnent le monde, il se retrouve du coup très étonné en se demandant comment faire pour expliquer, pour faire arriver le récit des idées aux gilets jaunes ? Sans prendre en considération le réel et ses complexités. Les Gilets jaunes sont à l’inverse l’expression des idées néolibérales marqué dans le réel.

Renouer avec la puissance d’agir :

On peut faire beaucoup de chose, sans être dans une puissance d’agir. C’est la différence entre l’agitation et l’action. L’agitation est agi dans une méconnaissance de ce qui s’exprime. Si l’on prend l’exemple de la ZAD (zone à défendre) de Notre dame des landes, qui c’est construite en plusieurs années, nous pouvons remarquer d’un côté des gouvernements qui pensent via des intérêts économiques conceptuels, à ces agitations suivant la dynamique structurelle de notre société, les Zadistes, s’abstiennent de ce « faire » là. Et c’est sous la condition de ne justement pas être emporté par la logique conceptuelle de notre époque, qui leur permet de libérer la puissance d’agir vers une nouvelle voie.

La puissance d’agir étant dans la sagesse orientale ce qui se nomme le non-agir. Ce qui est actif au service du bien. De nos jours on est noyé dans un discours ambiant de recherche narcissique du bonheur (voir l’ouvrage happycratie) qui est fondamentalement créatrice de malheur en ignorant cette ligne intensive qui ne correspond pas au service « du bien » social et structurel. Le nihilisme actuel, sa forme dépressive ou narcissique prends la forme de cette supposé recherche évidente du bonheur / plaisir. La forme la plus fréquente d’expression du mal-être de notre époque est dans le faire à outrance. C’est exister à travers l’acte, plus il y a d’actes, plus grande est ma place (d’où l’importance de répondre au téléphone avec des amis où je me retrouve à exister à 2 endroit à la fois). Le désir est une source sociale qui nous traverse est ressenti comme endogène (venant de soi). Comme disait Lacan « on n’est jamais coupable que de céder sur son désir. » Un être désirant va toujours préférer poursuivre son destin même au prix de sa vie (c’est l’histoire du scorpion qui pique la grenouille qui l’aide à traverser la rivière.) Ce qui nous place à une situation où il est difficile d’imaginer « ce service du bien. Et ainsi on s’éloigne de ce qui est la puissance du bien, de notre être existentiel qui se retrouve en permanence confronté à son désir.

Face par exemple aux créations des entreprises privés qui ne font pas sens (usine armement, ou de gadgets à la mode) la seule solution qu’on ces entreprises est la mouvance du bonheur au travail, de lieux agréables pour faire tenir les employés. Celui-ci remplaçant la question structurante de l’individu qui est la question du sens. Un enseignant par exemple est motivé avant tout par la question du sens posé sur l’activité. C’est ce qu’on met souvent sous le terme « c’est une vocation » qui veut dire c’est un sens qui raisonne en moi.

La connaissance du non agir prive l’agitation porté socialement par les cadres idéologiques dominant. Revenir à l’écoute des horloges biologiques qui vont contre le temps de la montre institutionnel. Le vivant ne peut gagner ou perdre du temps, tout ce que l’on peut faire c’est assimiler la temporalité d’un processus biologique et psychologique (les horloges interne) au temps de la montre, et ainsi écraser l’être vivant. Gagner du temps condamne souvent par une action disciplinaire la puissance du vivant.

Renouer le lien entre le corps et l’esprit (d’après l’ouvrage de Varela : L’Inscription corporelle de l’esprit) L’auteur explique sa rencontre avec un lama tibétain qui lui explique la différence d’une action concentrée face à une action ordinaire. Durant 4ans il s’est concentré pour que rien qui sorte de cette manière de ce concentré ne pouvait le distraire. Sans lire aucun livre sur le sujet au niveau du bouddhisme. Ce qui est nommé l’exercice de l’attention. Cette focalisation de l’intérieur vers l’extérieur, et de l’extérieur vers l’intérieur fait que l’on n’est plus gêné par ce qui peut être des manifestations du quotidien, même si ce quotidien est bien. Le passage des émotions fortes aux émotions contemplatives nous transforme en profondeur. Varela explique qu’il a mis 15ans pour réaliser en son être cette idée-là : arriver à la conscience unifiée.  Cette dynamique renoue justement avec le vivant pour se retrouver en tant que personne ayant une puissance d’agir.

Notre puissance d’agir est non mesurable préalablement, (savoir ce que l’on peut c’est connaitre et mesurer notre être dans sa globalité, ce qui est un leurre) cependant on peut savoir qu’un corps ne peut pas tout (tout n’est pas possible pour une même personne). Mais nous pouvons avoir à certains moments des idées adéquate (selon Spinoza, des idées habitées qui créé notre puissance d’agir).  Plus je connais mes déterminismes (sexe, histoire, fragilités…) mon être dans sa globalité, plus je suis dans une puissance d’agir. A l’inverse, les stimuli que je reçois sous forme d’information, ne va produire aucun agir, car l’information ne serra pas habiter dans mon être. Un artiste, un spirituel est une personne qui habite une information à travers son corps et le transcrit alors dans son agir. Une personne qui est habité par une connaissance ne peut pas ne pas agir, là ou une personne qui reçoit une information peut facilement la mettre de côté.

 

Pour aller plus loin :

les cours de Miguel Benasayag “comprendre et agir dans la complexité