Black Blocs : découverte d’une culture et d’une pratique politique

l’origine et la diffusion de la tactique des Black Blocs ; comprendre les raisons politiques qui poussent des militants à y avoir recours.

(très rapide) historique du mouvement :

L’expression « Black Bloc » (en allemand Schwarze Block) a été créée par la police de Berlin-Ouest pour désigner des squatters qui étaient descendus dans la rue en décembre 1980 vêtus de noir et munis de casques, de boucliers et de divers bâtons et projectiles afin de défendre leur domicile. Il s’agissait lui-même d’une continuation du mouvement italien Autonomia des années 1960-1970, auquel s’associait l’extrême gauche des mouvements ouvriers et de la jeunesse, tout en étant critique du Parti communiste officiel. L’autonomie idéologique était revendiquée comme une garantie de liberté par les Autonomen, qui s’inspiraient de différentes tendances idéologiques (marxisme, féminisme radical, écologisme, anarchisme). Il s’agissait pour ces Autonomen d’expérimenter « ici et maintenant » une politique égalitaire et participative, sans chef ni représentant, l’autonomie individuelle et l’autonomie de la collectivité étaient complémentaires et équivalentes. 

Sur le plan de leurs pratiques et de leurs actions collectives, les Autonomen ont mis en place des squats par centaines et ont participé à différentes campagnes contre le nucléaire, la guerre et le racisme. À plusieurs reprises, ils ont choisi d’affronter en rue des groupes néofascistes racistes et des policiers qui protégeaient des centrales nucléaires ou qui venaient vider leurs squats. C’est au sein de ce cadre de luttes que la stratégie du Black Bloc a été élaborée puis reprise régulièrement dans les manifestations en Europe centrale.

Le Black Bloc a principalement diffusé sa tactique à travers le réseau de la contre-culture punk et d’extrême ou d’ultra-gauche, à travers des fanzines, des groupes de musique en tournée et des contacts personnels de militants expérimentés. La tactique du Black Bloc semble avoir été mise en œuvre pour la première fois en Amérique du Nord en janvier 1991, à Washington, DC, lors d’une manifestation contre la (première) guerre contre l’Irak. La tactique du Black Bloc a été ensuite diffusée par des journaux anarchistes tels que Love & Rage à travers le réseau anarchiste américain. À mesure que le nom devient plus populaire, des manifestant-e-s auront parfois tendance à qualifier de « Black Bloc » tout cortège anarchiste lors d’une manifestation.

Apparition médiatique à grande échelle :

Le mouvement altermondialiste en Occident s’occupe notamment de remettre en question la légitimité de grands responsables des institutions internationales liées à la mondialisation du capitalisme, comme l’Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, le G8, l’Union européenne, etc. À ces occasions, plusieurs coalitions organisent des débats publics, des projections de films, des concerts, des carnavals de rue, des manifestations et des actions de perturbation, l’ensemble pouvant durer plusieurs journées. C’est dans ce contexte que les Black Blocs ont fait une entrée remarquable dans le mouvement altermondialiste lors de la “Bataille de Seattle” du 30 novembre 1999 en attaquant les vitrines de McDonald’s, Nike, Gap et de succursales bancaires.

Prise de décision dans le mouvement :

Cette mouvance hétéroclite propose une radicalisation de l’expérience démocratique privilégiant un processus de prise de décision délibératif décentralisé, égalitaire et participatif et rejetant toute référence au mythe de la représentation politique (de la « nation », du « prolétariat », de la « société civile » ou d’un mouvement social).

Le consensus est un objectif politique et moral, car il respecte l’autonomie et la volonté de chacun, contrairement au règne de la majorité qui s’impose directement ou par la voix de « représentant-e-s » et qui prétend au final exprimer la volonté générale aux dépens de la minorité silencieuse. Cette primauté du consensus, qui va de pair avec la liberté d’association et la décentralisation, implique la possibilité réelle que les associations militantes librement consenties puissent se dissoudre et se reformer, se fédérer ou s’autonomiser.

Si quiconque masqué de noir peut se présenter à une manifestation et se joindre au cortège noir, un Black Bloc est en principe une convergence de plusieurs « groupes d’affinité ». Le groupe d’affinité est une unité créée par une demi-douzaine à quelques dizaines d’amilitants et d’amilitantes qui se font confiance et partagent une même sensibilité à l’égard des types d’action qu’ils entendent mener.

Plusieurs Black Blocs ne se sont pas dotés d’une organisation interne permettant une prise de décision collective et une action coordonnée : composés d’individus amalgamés spontanément, ces Black Blocs se sont laissés portés par cette spontanéité, ce qui a pu être source de flottement et d’hésitation, de vulnérabilité tactique et de déception pour les manifestant-e-s. Mais en s’organisant par groupes d’affinité, la multitude manifestante se donne consciemment la possibilité de coordonner son action politique dans le respect des principes de liberté et d’égalité. La taille réduite des groupes d’affinité permet en effet aux amilitant-e-s de décider collectivement du cours de leurs actions par voie de délibération consensuelle.

Dans les faits, le fonctionnement par groupes d’affinité n’empêche pas l’apparition de jeux de pouvoir informel déterminés par le charisme, l’expérience et les compétences des individus, ainsi que leur capital symbolique, économique et culturel. La nature éphémère d’un Black Bloc limite la possibilité pour un individu influent de stabiliser et d’enraciner son pouvoir dans l’organisation collective. Certains groupes d’affinité ont de plus recours à des procédures spécifiques pour réduire les inégalités de pouvoir informel : la parole peut être accordée en priorité aux personnes qui demandent à prendre la parole pour la première fois et /ou en alternance aux hommes et aux femmes, etc.

Multiples activités possibles :

Selon les situations et la sensibilité de chacun, des participant-e-s pourront opter pour des actions offensives (s’équipant de bâtons, frondes, boules de billard, voire de cocktails Molotov), d’autres se spécialiseront dans les actions défensives (munis de boucliers, plastrons, gants, jambières, casques, masques à gaz, etc.), effectueront des opérations de reconnaissance et de communication (à pied ou à vélo et munis de walkies-talkies ou de téléphones cellulaires), constitueront un corps d’infirmiers volontaires (les « medics ») pour soulager les victimes du gaz lacrymogène et du poivre de Cayenne, et pour administrer les premiers soins aux blessés, d’autres encore pourront se donner comme tâche de porter une banderole et des drapeaux ou d’entretenir le moral des troupes en jouant de la musique à l’aide de percussions. Plusieurs enfin joignent le Black Bloc simplement vêtus et masqués de noir, sans équipement spécifique ni tâche particulière, mais près à improviser selon le déroulement de la manifestation. Ceux et celles qui ne désirent pas intervenir dans la rue pourront former des groupes d’affinité d’appui légal, actifs en cas d’arrestations, ou prendre la responsabilité du transport, de l’hébergement, de l’approvisionnement en eau et nourriture, des contacts avec les médias, etc.

Place de la violence dans le mouvement :

Il est important de préciser que ce n’est pas parce qu’ils sont « anarchistes » que les participant-e-s aux Black Blocs ont recours à la force. En effet, toutes les idéologies politiques et religieuses ont su justifier au moment opportun la violence souvent meurtrière de leurs partisan-e-s et plusieurs anarchistes sont des adeptes dogmatiques de la non-violence, c’est-à-dire qu’ils considèrent que la violence aussi minime soit-elle est toujours illégitime.

Beaucoup de textes ont été publiés sur le thème de l’anarchisme et de la violence. On lira avec intérêt Carter (A.), « Anarchism and violence », Nomos. Anarchism, 19, 1978, p. 324-325 ; le chapitre « Is anarchism violence ? », in Berkman (A.), What Is communist Anarchism?, New York, Dover Publications, 1972 ; le chapitre 40, « Ends and Means », in Marshall (P.), Demanding the Impossible. A History of Anarchism, Londres, Fontana Press, 1993 ; et le dossier « Violence, contreviolence, non violence anarchistes » de la revue Réfractions, 5, 2000. Pour un exemple historique fascinant d’un débat au sein d’un mouvement social antiautoritaire non-violent au sujet de l’utilisation d’une pince pour découper une clôture entourant le site d’une centrale nucléaire, cf. Epstein (B.), Political Protest & cultural Revolution. Nonviolent Direct Action in the 1970s and 1980s, Berkeley, University of California Press, 1991.

Le sociologue Geoffrey Pleyers distingue au sein des participant-e-s aux Black Blocs les jeunes peu politisés en quête de sensations fortes des militant-e-s hautement politisés. Au sein même des Black Blocs, des voix critiques s’élèvent contre ceux et celles qui considèrent que le recours à la force lors de manifestations est synonyme de grandeur politique et morale. D’autres critiques déplorent que la manifestation en général et le recours à la force en particulier soient perçus par certains comme une fin en soi. Un participant à des Black Blocs au Québec précise qu’il ne faut pas penser que « la manif est un truc politique suprême, ni que la casse signifie nécessairement être radical », propos auxquels font écho ceux d’un autre participant à des Black Blocs : « S’il y a un pacifisme dogmatique qui me désole, il y a aussi une violence dogmatique qui considère que la violence est le seul et unique moyen de mener la lutte. » Les membres des Black Blocs étaient dans la majorité eux aussi des militant-e-s d’expérience. Plusieurs des Black Blocs avaient par ailleurs étudié ou étudiaient en sciences sociales et avaient consacré certains de leurs travaux de recherche au thème de l’utilisation de la force en politique et dans les manifestations. Il convient de répéter toutefois qu’il n’y a pas un profil homogène de participant qui se cache sous la cagoule noire : on peut par exemple écouter la musique de Bérurier noir et étudier en sociologie sans participer à des Black Blocs et participer à des Black Blocs sans aimer la musique punk ni l’université. . .

Soif de violence ou soif de pouvoir ?

La sociologie n’offre malheureusement pas de réponse précise quant à la question de l’« efficacité » des mouvements sociaux, de leurs manifestations et des tactiques violentes et non violentes. Les analyses à ce sujet sont rares et leurs résultats ne concordent pas. Dans tous les cas, 1’« efficacité » d’une action militante ou d’un mouvement social doit toujours être qualifiée.

Parle-t-on de capacité de mobilisation ? De désir de se faire voir par les médias ? De créer un rapport de force face à des « ennemis » ? D’entraîner des « alliés » ou de s’imposer à eux ? D’offrir un exemple à des populations que l’on prétend représenter ? De se voir attribuer des ressources tirées des fonds publics ? D’influencer le jeu électoral ?

 L’« efficacité » d’un mouvement social ou d’une manifestation doit, de plus, tenir compte de l’hétérogénéité des acteurs. Elle sera sans doute définie différemment par un nouvel adhérant au mouvement, une militante d’expérience, un militant caressant une carrière politique dans un parti, une militante affublée par son organisation d’un titre officiel (« présidente », « trésorière », porte-parole média, etc.), etc. Les universitaires et les « dirigeant-e-s » des mouvements sociaux ont toutefois tendance à penser l’efficacité en termes de gains systémiques, soit un avantage électoral et/ou une plus grande représentation au sein des institutions officielles et/ou une part plus importante dans l’allocation des ressources collectives.

Les partisan-e-s des Black Blocs s’inscrivent dans une logique politique tout autre. Ils n’ont pas comme objectif de placer leurs porte-parole dans les médias ou aux tables de négociations des sommets officiels. Ils ne considèrent pas les politiciens ou les policiers comme des partenaires avec qui il faudrait cogérer la contestation, ni la loi comme un marqueur de légitimité politique et morale. L’engagement politique et social le plus important doit se déployer dans les communautés locales, ou sur des fronts de lutte comme l’antiracisme, l’écologisme, le logement ou la culture.

Plusieurs théoriciens et politiciens ont souligné depuis plus de deux cents ans la nature fictive – voire mensongère – de la représentation de la souveraineté populaire.

Maximilien Robespierre affirmait que « c’est seulement par fiction que la loi est l’expression de la volonté générale ». Benjamin Constant précisait quant à lui que lorsque l’individu moderne exerce sa souveraineté, « ce n’est jamais que pour l’abdiquer » car «l’exercice de la souveraineté […] par la représentation» est “fictive” ». Pierre Paul Royer-Collard parlait pour sa part de la « doctrine magique de la représentation». Du côté des anarchistes, Murray Bookchin, après Elisée Reclus et Proudhon, affirme que « le slogan “Pouvoir au peuple” peut seulement être mis en pratique lorsque le pouvoir exercé par les élites sociales se dissout dans le peuple. […] Si “pouvoir du peuple” signifie rien de plus que “pouvoir pour les leaders du peuple”, alors le peuple reste une masse indifférenciée et manipulable ».

Selon la conception radicale et directe de la démocratie, un mouvement social est un espace qui peut et doit être organisé de façon telle que chacun puisse participer au processus de prise de décision et s’exprimer, en son nom propre, vers l’intérieur aussi bien que vers l’extérieur de cette collectivité. Des partisan-e-s des Black Blocs et du fonctionnement militant par groupes d’affinité considèrent qu’ils ont les capacités politiques de décider collectivement de leurs choix tactiques, par voie de délibération.

Les arguments pour justifier – ou rejeter – le recours à la force peuvent être de l’ordre de la référence historique, de l’expérience militante, ou du témoignage psychopolitique. Les arguments peuvent aussi relever de l’évaluation tactique et stratégique, de l’analyse politique ou économique.

Il importe de noter que les Black Blocs et leurs alliés ne se considèrent pas « révolutionnaires » (sauf en de rares exceptions). Leur violence – d’intensité relativement réduite – n’est pas meurtrière : elle est avant tout symbolique et s’inscrit dans une volonté de communication politique. Le recours à la force est identifié comme un moyen « efficace » pour exprimer une dissidence ou une critique, perturber l’image publique d’un événement officiel jugé illégitime et participer à la vieille tradition du droit et du devoir de contestation de l’autorité illégitime et de résistance.

Cette force des Black Blocs serait aussi plus légitime que la violence des policiers ou des militaires, par exemple, parce qu’elle est utilisée par des individus et des groupes égalitaires et autonomes, alors que les employés de l’Etat ne font qu’obéir aux ordres, violentant ou tuant à la demande de leur supérieur hiérarchique. L’action des Black Blocs est directe, parce qu’elle est menée par l’acteur lui-même et non par un de ses « représentant-e-s », mais aussi parce que l’objet d’injustice – l’Etat, le Capital ou la « Mondialisation » – s’incarne dans un policier, une vitrine d’un McDonald’s ou la clôture de sécurité entourant un sommet et peut être directement ciblé.

L’Etat « démocratique » libéral qui déploie alors sa violence contre cette partie du peuple souverain dévoile ce faisant l’absence de correspondance entre l’abstraction légitimante de la souveraineté représentée et la réalité d’une multitude dotée d’une autonomie de décision et d’action politiques. Pareil dévoilement s’effectue aussi lorsque des « représentant-e-s » d’un mouvement social se dissocient d’une partie du mouvement qu’ils disent représenter.

Autres blocs

Le mouvement altermondialiste comprend trois autres types de « blocs » pour ceux et celles qui privilégient la confrontation, mais que ne se sentent pas au diapason des Black Blocs.

Le « Bloc Blanc », dit « Tute Bianche » (Combinaisons blanches) sont issus des centres sociaux italiens (squats politiques) et sont très proches des Jeunesses communistes, des mouvements de chômeurs et des zapatistes au Chiapas. Tout comme les Black Blocs, leur tenue homogène leur assure l’anonymat. Partisans de la « non-violence », ils se distinguent de l’approche de Gandhi ou de Martin Luther King en adoptant une attitude offensive. Ils se fabriquent des armures artisanales (matelas en caoutchouc mousse, casques, gants, masques, jambières) et ils avancent en se tenant bras dessus bras dessous pour bousculer les lignes des policiers par la force même de leur corps et parfois en lançant des chambres à air. Les Tute Bianche sont entrés en action à Prague, en septembre 2000, mais leur bataille la plus importante a eu lieu à Gênes à l’occasion du sommet du G8 en juillet 2001. Ils sont parvenus à mobiliser environ 15 000 personnes pour leur marche vers la clôture de sécurité, qui ont avancé massées derrière des panneaux protecteurs en plexiglas montés sur roulettes. Des groupes similaires ont été formés en Australie, en Espagne, en Finlande et en Grande-Bretagne.

les Blocs roses, connus sous le nom de « Pink Blocs » ou « Pink and silver blocs » ou « Carnaval blocs », regroupent des militant-e-s qui entendent faire cohabiter en une seule action la politique, l’art et le plaisir et qui se costument de façon fantaisiste et carnavalesque. Les tâches y sont divisées entre groupes d’affinité : érection de barricades, théâtre de rue et marionnettes géantes, musique des « samba bands » et premiers soins. Le Pink Bloc trouve son origine chez Reclaim the Streets, un groupe britannique connu pour ses carnavals anticapitalistes, et Rythms of Resistance, une troupe de militant-e-s percussionnistes qui ont adopté une attitude plus mobile et offensive, se portant vers les lignes des policiers. Le Pink Bloc a attiré l’attention une première fois à Prague, en septembre 2000, où il était parvenu à contourner les policiers et à s’approcher si près du centre des congrès qu’il en a forcé l’évacuation, ce qui a mené à l’annulation de la fin de la réunion.

Ces divers blocs, dont les rapports entre eux ne sont pas toujours harmonieux, cultivent chacun à leur manière l’idée du respect de la diversité des tactiques. En marge du Sommet du G8 à Evian, un Pink Bloc d’environ 1 500 personnes a coordonné ses manoeuvres et ses actions de blocage à Lausanne (le 1er juin 2003) avec celles d’un Black Bloc de 500 personnes. Les frontières entre ces blocs sont poreuses et permettent des expériences hybrides.

 

Conclusion ?

L’analyse proposée ici est un encouragement à la réflexion et au débat, mais ne prétend pas tout expliquer des Black Blocs, dont le recours à la force soulève de nombreuses questions :

Encourage-t-il ou non la répression ? Donne-t-il une mauvaise image du mouvement dans les médias ? Exclut-il de facto des individus de leurs groupes en particulier et du mouvement en général ?

J’insiste avec C. Barette sur la nécessité d’éviter toute généralisation au sujet des Black Blocs. L’émeute politique en général et les cortèges des Black Blocs en particulier sont des lieux habités par une multitude hétéroclite. Les objectifs des participant-e-s, ainsi que leurs histoires politiques, leurs expériences militantes et leurs identités socioprofessionnelles, culturelles et de genre, peuvent connaître des variations très importantes d’une manifestation à l’autre. J’en propose ici une lecture qui n’a la prétention ni d’offrir toutes les réponses, ni de clore le débat.

 

Source : 

Pour approfondir l’histoire et la vision porté : laboratoireurbanismeinsurrectionnel

 

 

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