Est-ce que le courage a été oublié ?

La philosophe Cynthia Fleury, dans son ouvrage intitulé « La fin du courage », regrette que le courage ne soit plus un soutien pour les individus. Toutefois, cette demande pourrait donner naissance à une nouvelle éthique morale qui remettrait en cause à la fois l’homme moderne, perdu dans ses élucubrations existentielles, et la réalité sociale.

 

La peur :

La peur qui nous habite tous est due à la peur d’un autre monde, de l’inconnu, de la perte de repères, de la peur de manquer, de la solitude et du changement. La peur est un puissant outil de pouvoir. La crainte nous plonge dans l’incertitude du futur et entrave nos espérances, en suscitant en nous la peur sociale, la peur de l’autre ou la peur de l’environnement.

De plus en plus de personnes désavouent leurs actions au travail ou dans leur vie quotidienne, mais continuent à les faire. Pourquoi n’éclatent-ils pas en révolte? Quelle est la raison d’une telle subordination à un ordre incohérent? Pour quelle raison sommes-nous si passifs et résignés, pourquoi acceptons-nous aisément certaines injustices plutôt que d’autres, pourquoi acceptons-nous de vivre dans un monde dominé par les forces de l’argent, pourquoi acceptons-nous d’être gouvernés par des individus sans scrupules, pourquoi sommes-nous arrogants et prétentieux envers les faibles et soumis et domestiqués envers les forts ?

 

Une société qui déstructure le collectif, rend l’individu impuissant.

L’individualisme a été perçu comme un processus de liberté absolue, de non-contrainte. L’individu se concentre sur ses propres intérêts, négligeant l’implication dans le politique. Exposé à cette recherche narcissique, il est en réalité très fragilisé, rendu vulnérable par ce processus d’individualisation qui le sépare des façons collectives de se défendre. L’apparition de ce moi décomplexé, qui ne se sépare pas de soi-même, marque la fin du courage éthique. Nous faisons partie des passagers clandestins de la démoralisation. En se faufilant, l’homme a l’intention de préserver sa vie. Sa propre érosion se produit et il sombre dans la dépression. Les démissions quotidiennes entraînent l’érosion de soi. Le malaise individuel n’a jamais été aussi étroitement associé à une déstructuration de la société. L’homme, ainsi que la société dans son ensemble, ne sont pas dépourvus de courage. Et pour finir avec le paradoxe, cet individu contraint à se mettre à disposition de soi-même n’en est plus que plus invisible.

 

Le courage comme moyen efficace de combattre la dépression?

Tout d’abord, contrairement à ce que l’on pense, l’ennemi est la tristesse. La mélancolie, c’est cette horreur qui vous éteint. Il est possible de sortir de cette logique du découragement en adoptant une posture de résistance et de combat. L’ennemi nommé se trouve donc en dehors, il n’est plus lui-même. Il s’agit d’une méthode de régulation contre la dépression, qui permet de sortir de l’anonymat et de l’interchangeabilité entre les individus. Le courage affirme que vous ne pouvez pas être remplacé par les autres.

C’est à nous de prendre l’initiative. Cependant, le système capitaliste a pour objectif de nous démontrer précisément le contraire, que nous sommes tous remplaçables mutuellement. C’est un élément essentiel du quotidien et de la pratique démocratique. Il ne s’agit évidemment pas de jouer toujours les héros, ce serait épuisant et usant. Mais il faut apprendre à faire du courage un réflexe, un éthos.

 

Un acte bénéfique autant que vital pour la démocratie ?

Comment faire face aux excès désordonnés de la démocratie et les corriger? La tranquillité qui règne dans notre société a laissé penser qu’il n’y avait plus de conflits à affronter, que la démocratie était un état de fait, mais la démocratie n’est pas un ordre naturel de l’uniformité. Il s’agit d’une interaction entre différentes forces, celles qui défendent les principes d’égalité et de liberté, ainsi que celles qui s’y opposent. En abandonnant nos intérêts aux automatismes de la démocratie, nous avons pénétré dans un système en voie de dégradation. Il n’est pas suffisant de nourrir la machine démocratique, il est également nécessaire de rétablir son âme et son esprit. Le monde est tel qu’il est parce qu’il se conforme aux divisions courantes auxquelles nous avons été conditionnés. On nous a inculqué que nos principes reposent sur la capture et la domination de l’autre. Nous sommes conçus pour croire qu’un monde hiérarchique est le plus parfait. Ceux qui sont au sommet méritent leur place, et peu à peu, nous descendons vers la base où une foule ouvre les yeux et demande les miettes du festin pantagruélique dont les puissants se nourrissent. Cependant, si la fondation refuse de supporter le poids, la pyramide s’effondre. La base ne sait pas qu’elle est forte, alors que le système est entièrement basé sur ses efforts. Le courage représente un refus du désespoir qui maintient le désir, étouffe constamment la tentation de ne penser qu’à soi ou de ne voir tout qu’à travers soi (Atlas qui porte le monde sue ses épaules). Le courage de résister à l’ennemi ou à toute situation qui nous semble injuste, immorale, problématique. Ce n’est, en réalité, que la force de se connecter à la vie, à l’existence et à tous les motifs de la défendre.

Essayons !

(1) La Fin du courage, Cinthia Fleury, Fayard 14 €