Un projet de société en transition intégrale

Le projet de société de la transition est une vision cohérente de l’organisation et du fonctionnement d’une société postcroissance, résiliente, juste et inclusive, mais aussi régénératrice et qui respecte le vivant. Ce projet est un changement culturel profond. Il est soutenu par des valeurs morales, des principes et des orientations. Nous allons maintenant en esquisser les contours et faire appel à nos imaginaires pour soutenir sa mise en place concrète.

Ce projet de société est visible, pour qui veut bien le voir, à travers les projets magnifiques et les luttes nécessaires qui fleurissent un peu partout et qui consistent à :

  • recréer des liens de solidarité et d’entraide dans les quartiers ;
  • apprendre à devenir plus autonome d’un point de vue alimentaire et énergétique ;
  • développer des modes de vie sobres et heureux ;
  • montrer du doigt et bloquer des industries ou des banques qui détruisent notre avenir pour leur profit immédiat ;
  • créer de nouvelles entreprises coopératives qui répondent aux besoins fondamentaux réels.

Mises toutes ensemble, ces alternatives montrent que l’on pourrait remplacer notre mode de vie par un autre beaucoup plus savoureux et humain.

À côté de la partie visible et concrète de ce projet, la Transition Intérieure, moins visible, nous invite à mettre de la profondeur dans ce projet de société. De le rendre plus radical, c’est-à-dire de toucher aux racines de notre mode de vie consumériste et destructeur.
Laissons-nous imaginer un mode de vie où nous sommes reliés à nous-mêmes, aux autres, au vivant et à ce qui nous dépasse…

Se relier à soi

Sans prétendre que ce serait suffisant, nous pouvons quand même admettre que se relier à soi peut déjà être un acte politique et subversif…

  • Prendre soin de sa santé de manière préventive et prendre des moments de repos pour éviter de se surexploiter.
  • Travailler ses ombres et développer des relations plus authentiques et émancipatrices.
  • Faire le deuil de la société de consommation.

Tout cela crée le terreau d’une société dans laquelle :

  • les systèmes de domination sont remplacés par une réelle inclusivité ;
  • les individus n’ont pas besoin de surconsommer pour se sentir exister ;
  • on a le droit de s’arrêter et de simplement prendre soin de soi ;
  • on ose dire un juste « Non » ou « Stop » sans devoir se sacrifier pour une cause ;
  • on s’engage dans l’espoir actif.
Se relier aux autres

La transition passe inévitablement pour de nombreuses personnes par des projets et/ou des luttes collectives.
La Transition Intérieure nous aide à créer, dans ces groupes, des relations saines au pouvoir.
Mais également des processus de gestion de conflits inclusifs et qui créent la paix.
Aussi, elle nous invite à mettre en place des dynamiques régénératrices où les individus du groupe trouvent un équilibre résilient entre ce qu’ils donnent et ce qu’ils reçoivent. Chaque « Je » y trouvera une place dans le « Nous » dans une gouvernance où le Yang et le Yin sont en équilibre sain.
Ces groupes sont aussi des lieux d’apprentissage des manières vertueuses et savoureuses de répondre à nos besoins fondamentaux, des lieux où les individus se sentent en sécurité pour oser changer de vie et mettre en place les changements dont ils ont besoin et qui ont du sens… plutôt que de se sentir prisonnier·ère·s d’une société qui détruit le vivant.

Se relier au vivant

Dans ce projet de société, l’être terrestre retrouve une place plus juste au sein du vivant. Il n’est plus « le centre » avec autour de lui une nature ou un environnement.
Il fait partie du vivant et en tant que tel se sent concerné par la préservation et la régénération des écosystèmes dont il dépend pour vivre. Il vit avec les saisons, reconnaît, observe et célèbre la beauté du vivant.
En se reliant au vivant, le terrestre retrouve sa capacité à s’émouvoir et à s’émerveiller devant un coucher de soleil, une toile d’araignée parsemée de gouttelettes, le chant d’un oiseau, la joie d’un·e enfant…

Se relier à plus grand que soi

Dans la culture dominante aujourd’hui dans notre partie du monde, parler de spiritualité est compliqué.
Dans un monde en Transition Intérieure, où la recherche de sens est essentielle, celle-ci retrouve une place valorisée.
Elle permet à la partie de nous qui est « militante » dans des luttes ou des projets alternatifs de donner une place à la partie de nous qui est « méditante », quelle que soit la croyance, religieuse ou non, qui est derrière.
Ce projet de société a besoin que le terrestre  redonne une place à la contemplation et se reconnecte à la dimension sacrée du vivant. Cette reconnexion nous permet de nous relier à une partie de nous-mêmes et de renforcer le sens et la profondeur de nos actions.

Un projet de reconstruction

Un projet de société peut émerger après un désastre ou une guerre, pour reconstruire un nouveau vivre ensemble, adapté aux nouvelles conditions de vie.
Aujourd’hui, la société de croissance capitaliste détruit le vivant, tel un rouleau compresseur. Elle instaure des relations de domination entre différentes parties de l’humanité et du vivant. Les milieux politiques et économiques ont jusqu’à ce jour échoué à vraiment changer de trajectoire. La surexploitation des ressources naturelles et terrestres  pour le profit à court terme est un désastre.

Le projet de société qui émane des mouvements de la transition, est donc une nécessité politique, économique, sociale, environnementale, et de survie.
Il est formé de toutes ces actions, projets alternatifs et luttes qui œuvrent pour un changement intégral et radical.
Ce projet de reconstruction s’ancre dans une Transition Intérieure qui le rend plus puissant et plus profond.

Déployer et amplifier la transition

Pour que ce projet se déploie, il a besoin d’être accompagné d’un imaginaire, de récits qui le portent et l’emportent plus loin, plus haut. Des récits qui donnent du sens à nos petites actions quotidiennes et aussi aux efforts à fournir pour mettre en place ces changements qui ne sont pas toujours confortables.
Mais le statu quo est-il vraiment plus confortable ?

Nous observons que la participation à la mise en œuvre de ce projet de société est de nature à nous faire vivre une vie savoureuse, aventureuse, intègre, digne, courageuse, créative, libre et reliée.

Auteur : Josué Dussoulier du Réseau Transition (Acteurs du changement positif)